François Simon : vaincre 21 ans de tabagisme grâce au Zyban
Je m’appelle François Simon, j’ai 44 ans, et je vis à Lille, dans le quartier du Vieux-Lille. Le 22 août 2025, j’ai fumé ma dernière cigarette. Après 21 ans de tabagisme, c’est le Zyban qui m’a aidé à franchir le cap. Sept mois plus tard, je suis toujours non-fumeur, et je veux partager mon parcours, parce que le Zyban est un médicament dont on parle moins que Champix ou les patchs, mais qui mérite d’être connu.
Fumeur dans le Nord
J’ai grandi à Roubaix, dans une famille ouvrière où tout le monde fumait. Mon père, ouvrier textile, fumait des Gauloises. Ma mère fumait des Peter Stuyvesant. Mes oncles fumaient. Mes cousins fumaient. À 23 ans, quand j’ai commencé à travailler comme technicien informatique dans une entreprise de Lille-Hellemmes, j’ai naturellement rejoint le club. Ma première cigarette, c’était une Marlboro rouge, offerte par un collègue devant la machine à café.
En quelques mois, j’étais à un paquet par jour. Des Marlboro rouges, puis des Chesterfield quand le prix a augmenté, puis des Winston. La marque changeait, l’addiction restait. Pendant 21 ans, j’ai fumé entre 18 et 22 cigarettes par jour, avec des pics à 30 lors des périodes de stress professionnel.
Le Nord a sa culture du tabac, indissociable de la culture des estaminets. Ces cafés traditionnels du Nord, avec leur ambiance chaleureuse, leur bière locale, leur accueil brut et sincère. Avant l’interdiction de fumer dans les lieux publics, les estaminets étaient des nuages permanents de fumée de tabac. Et même après l’interdiction, on retrouvait les fumeurs agglutinés devant la porte, par tous les temps, sous la pluie battante de novembre comme dans le froid glacial de janvier. J’étais l’un d’eux.
L’accumulation des dégâts
À Lille, l’hiver est long, gris et humide. Fumer dehors par 2 degrés sous une pluie fine, c’est un exercice que seuls les vrais addicts pratiquent. Et je le faisais chaque jour, plusieurs fois par jour, sans me poser de questions.
Les problèmes de santé se sont accumulés progressivement. D’abord la toux, cette toux grasse du matin que je mettais sur le compte du “climat du Nord”. Puis les bronchites à répétition, deux ou trois par hiver, qui me clouaient au lit pendant des jours. Mon médecin me prescrivait des antibiotiques, je guérissais, et je recommençais à fumer.
À 40 ans, en 2022, j’ai eu un épisode de dépression. Pas directement lié au tabac, mais au cumul de tout : le travail, la séparation d’avec mon ex-compagne, la solitude. Mon psychiatre m’a prescrit un antidépresseur, et pendant cette période, j’ai fumé encore plus, 25 à 30 cigarettes par jour. La cigarette était mon anxiolytique de fortune.
C’est pendant ce suivi psychiatrique que le Dr Vasseur, mon psychiatre, a mentionné pour la première fois le Zyban. Il m’a expliqué que le Zyban, dont le principe actif est le bupropion, est à l’origine un antidépresseur qu’on a découvert efficace dans le sevrage tabagique. Comme j’avais un terrain dépressif, il trouvait que ce médicament pourrait faire d’une pierre deux coups : m’aider à arrêter de fumer tout en stabilisant mon humeur.
À l’époque, je n’étais pas prêt. La dépression prenait toute mon énergie, et arrêter de fumer en plus aurait été trop. Le Dr Vasseur a respecté mon rythme. “On en reparlera quand vous serez prêt”, il a dit.
Le moment est venu
En 2025, j’allais mieux. La dépression était derrière moi, j’avais retrouvé un équilibre. J’avais rencontré Séverine, ma compagne actuelle, qui est non-fumeuse et qui ne m’a jamais fait de reproches sur la cigarette, mais dont le regard quand je sortais fumer en disait long.
Le déclic est venu un dimanche de juillet, lors d’une braderie dans le Vieux-Lille. Il faisait chaud, j’avais marché toute la journée, et en fin d’après-midi, j’étais épuisé, essoufflé, la gorge en feu. Séverine, fraîche comme une rose, me regardait m’appuyer contre un mur pour reprendre mon souffle. Elle m’a dit doucement : “François, tu n’as que 44 ans. Tu ne devrais pas être dans cet état.”
Elle avait raison. 44 ans, ce n’est pas vieux. Mais avec 21 ans de tabac dans les poumons, mon corps en faisait 60. Le lendemain, j’ai appelé le Dr Vasseur.
Le protocole Zyban
Le Dr Vasseur m’a prescrit le Zyban après un bilan médical complet. Le Zyban est un médicament sur ordonnance qui nécessite un suivi médical strict, car il a des contre-indications, notamment pour les personnes ayant des antécédents d’épilepsie ou de troubles alimentaires. Dans mon cas, le profil était adapté.
Le protocole est spécifique. On commence le Zyban une à deux semaines avant la date d’arrêt prévue. La première semaine, on prend un comprimé de 150 mg le matin. La deuxième semaine, on passe à deux comprimés de 150 mg par jour, matin et après-midi, avec au moins huit heures d’intervalle. Le traitement dure sept à neuf semaines au total.
J’ai commencé le Zyban le 8 août 2025 et fixé ma date d’arrêt au 22 août. Pendant ces deux premières semaines, je fumais encore, mais je sentais déjà un changement. L’envie de fumer diminuait. Pas brutalement, mais progressivement, comme si le volume baissait doucement. Les cigarettes avaient moins de goût, moins d’attrait. Certaines, je les allumais par habitude et les écrasais à mi-parcours.
Le 22 août, j’ai fumé ma dernière cigarette. C’était un vendredi soir, dans la cour de mon immeuble, rue de la Monnaie. J’ai écrasé le mégot et je suis rentré. Séverine m’attendait avec un repas qu’elle avait préparé : un waterzooi de poulet, spécialité du Nord, avec des légumes du marché de Wazemmes. On a dîné sans que je sorte fumer entre les plats. C’était la première fois.
Comment le Zyban agit
Ce qui m’a frappé avec le Zyban, c’est la manière dont il agit sur le cerveau. Contrairement aux patchs ou aux gommes qui remplacent la nicotine, le Zyban ne contient aucune nicotine. Il agit sur les neurotransmetteurs, la dopamine et la noradrénaline, qui sont impliqués dans le mécanisme de dépendance. En maintenant des niveaux adéquats de ces neurotransmetteurs, le Zyban réduit l’envie de fumer et atténue les symptômes de sevrage.
Pour quelqu’un comme moi, avec un terrain dépressif, c’était particulièrement pertinent. Le sevrage tabagique peut déclencher ou aggraver des épisodes dépressifs, parce que le cerveau perd brutalement une source de dopamine. Le Zyban compense cette perte, ce qui stabilise l’humeur pendant le sevrage.
Concrètement, les premières semaines sans cigarette ont été infiniment plus faciles que je ne l’avais imaginé. Le manque physique était présent mais atténué, comme un bruit de fond plutôt qu’un vacarme. Je n’ai pas eu les sautes d’humeur violentes que décrivent beaucoup d’ex-fumeurs. Je n’ai pas eu d’épisode dépressif. Mon humeur est restée stable, ce qui m’a permis de me concentrer sur la gestion des habitudes plutôt que sur la survie émotionnelle.
Les effets secondaires
Le Zyban a des effets secondaires, et je veux être honnête à ce sujet. Le principal pour moi a été la bouche sèche. Pendant tout le traitement, j’avais la sensation permanente d’avoir la bouche comme du papier. J’ai compensé en buvant beaucoup d’eau et en gardant toujours une bouteille sur moi.
L’insomnie a été l’autre problème. Le bupropion est un stimulant léger, et il peut perturber le sommeil. Le Dr Vasseur m’avait prévenu de ne jamais prendre le deuxième comprimé après 15 heures pour limiter cet effet. En respectant cet horaire, l’insomnie a été légère et gérable.
Pas de nausées, pas de rêves bizarres, pas de prise de poids significative. Chaque personne réagit différemment, mais pour moi, les effets secondaires du Zyban ont été bien plus supportables que les effets secondaires du tabac.
La vie sans cigarette dans le Nord
Les premiers vrais défis sont arrivés avec l’automne. À Lille, l’automne est précoce et humide, et les soirées en estaminet sont une institution. La première sortie avec mes amis au Barbue d’Anvers, un estaminet historique du Vieux-Lille, a été un test. Mes amis buvaient de la Jenlain et fumaient sur le trottoir entre deux tournées. Moi, je restais à l’intérieur, au chaud, avec ma bière et mon carbonnade flamande. Quand ils revenaient avec l’odeur de cigarette froide sur leurs vêtements, j’étais presque soulagé de ne pas sentir comme eux.
Le marché de Wazemmes le dimanche matin a aussi été un moment de transition. Avant, j’y allais avec une cigarette aux lèvres, flânant entre les étals de légumes et de tissus. Maintenant, j’y vais avec Séverine, et je profite des odeurs : les épices, le café fraîchement moulu, les merguez qui grillent, les gaufres fourrées à la vergeoise. Toutes ces odeurs que le tabac me volait depuis 21 ans.
La braderie de Lille, en septembre 2025, un mois après mon arrêt, a été une épreuve. Deux jours de fête, des kilomètres de marche, des moules-frites, de la bière, et des fumeurs partout. J’ai tenu, porté par le Zyban et par Séverine qui me serrait la main quand elle voyait mon regard s’attarder sur quelqu’un qui allumait une cigarette.
La fin du traitement
J’ai pris le Zyban pendant neuf semaines au total, jusqu’à mi-octobre 2025. La fin du traitement m’inquiétait. Le Dr Vasseur m’avait prévenu que certains patients ressentent un regain d’envie de fumer dans les jours suivant l’arrêt du médicament. Pour prévenir cela, on a mis en place un suivi rapproché : un rendez-vous par semaine pendant les trois semaines suivant l’arrêt du Zyban.
En réalité, la transition s’est faite en douceur. Un léger regain d’envie le troisième jour sans Zyban, quelques heures de nervosité, puis plus rien. Le cerveau avait eu le temps de se recâbler pendant les neuf semaines de traitement. La dépendance à la nicotine était rompue, et les nouvelles habitudes étaient en place.
Sept mois après
Aujourd’hui, à sept mois sans tabac, ma vie a changé profondément. Mon souffle s’est amélioré de manière spectaculaire. Je fais du vélo le long du canal de la Deûle tous les week-ends, chose impensable il y a un an. Ma toux matinale a disparu. Mes bronchites hivernales, pour la première fois depuis des années, ne se sont pas manifestées cet hiver.
Mon humeur est plus stable qu’elle ne l’a jamais été. Le Dr Vasseur pense que le sevrage tabagique, combiné au travail thérapeutique des dernières années, a contribué à cette stabilité. La nicotine entretenait un cycle de hauts et de bas émotionnels que je confondais avec mon tempérament. Sans ce cycle, je suis plus serein.
Séverine et moi avons emménagé ensemble en janvier. Elle m’a dit que vivre avec un non-fumeur, c’est vivre dans un appartement qui sent bon, avec des rideaux propres et un balcon utilisé pour prendre le petit-déjeuner, pas pour fumer.
J’ai économisé environ 2 100 euros. On a prévu un voyage en Écosse cet été, pour randonner dans les Highlands. Avant, je n’aurais pas pu marcher plus d’une heure sans être essoufflé. Maintenant, je m’entraîne à la marche en forêt de Phalempin tous les dimanches.
Pour ceux qui envisagent le Zyban
Le Zyban est un médicament qui ne contient pas de nicotine et qui agit autrement que les substituts nicotiniques classiques. Il est particulièrement adapté aux personnes qui ont un terrain anxieux ou dépressif, car il stabilise l’humeur pendant le sevrage. Mais il nécessite une prescription médicale et un suivi rigoureux.
Si les patchs ne vous conviennent pas, si Champix vous fait peur, si l’arrêt brutal vous semble trop violent, parlez du Zyban à votre médecin. C’est un outil moins connu, mais efficace. Il a changé ma vie.
J’ai 44 ans, j’ai fumé pendant 21 ans, et grâce au Zyban, je suis libre. Et cette liberté a un goût que 21 ans de cigarettes n’ont jamais pu m’offrir.