Aurélie Thomas : l'hypnose m'a libérée de 16 ans de tabagisme
Je m’appelle Aurélie Thomas, j’ai 39 ans, et je vis à Paris dans le 11ème arrondissement. Le 10 juin 2025, je suis sortie du cabinet d’un hypnothérapeute et je n’ai plus jamais fumé. Après 16 ans de tabagisme, une seule séance d’hypnose a suffi pour déclencher le changement que ni les patchs, ni les gommes, ni ma volonté seule n’avaient réussi à provoquer. Presque dix mois plus tard, je suis toujours non-fumeuse, et je veux raconter cette expérience pour tous ceux qui doutent que l’hypnose puisse fonctionner.
Seize ans d’une relation toxique
J’ai commencé à fumer à 23 ans. J’étais jeune journaliste dans une rédaction web parisienne, et la salle de rédaction, malgré l’interdiction officielle, sentait encore le tabac froid dans les recoins. Les pauses clope étaient le moment où les informations circulaient vraiment, où les scoops se partageaient, où les amitiés se nouaient. Ne pas fumer, c’était être hors du jeu. J’ai commencé par emprunter des cigarettes aux collègues, puis j’ai acheté mon premier paquet de Lucky Strike.
En seize ans, j’ai fumé environ un paquet par jour. Des Lucky Strike, puis des Camel, puis des American Spirit quand j’ai traversé une phase “bio” absurde où je me convainquais que le tabac sans additifs était moins nocif. Quelle naïveté. 20 cigarettes par jour, 365 jours par an, pendant 16 ans. Ça fait environ 116 000 cigarettes.
Paris était mon terrain de jeu tabagique. Le café du matin au comptoir avec un express et une clope, les terrasses du canal Saint-Martin, les trottoirs de Ménilmontant, les soirées dans les bars d’Oberkampf. La cigarette faisait partie du décor parisien que j’habitais, elle donnait un rythme à cette ville qui n’en manque pourtant pas.
Les raisons profondes de mon tabagisme
Ce que j’ai compris bien plus tard, grâce à l’hypnose justement, c’est que je ne fumais pas pour le plaisir. Je fumais pour gérer. Gérer le stress des deadlines. Gérer l’anxiété sociale dans un milieu professionnel compétitif. Gérer le syndrome de l’imposteur qui me poursuivait depuis mes débuts. Gérer la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez talentueuse, assez rapide, assez brillante.
La cigarette était mon mécanisme d’adaptation, mon refuge, mon compagnon silencieux qui ne me jugeait pas. Quand j’allumais une cigarette, le monde s’arrêtait pendant cinq minutes. Plus de notification urgente, plus d’article à boucler, plus de chef qui guettait mon écran. Juste moi, la fumée, et un semblant de paix.
Sauf que cette paix était une illusion. Je le savais intellectuellement. Mais le savoir et le ressentir sont deux choses très différentes. Et c’est exactement là que l’hypnose est intervenue.
Les échecs précédents
Avant l’hypnose, j’ai tout essayé. Les patchs Nicopatch en 2020, pendant six semaines. J’ai arrêté de fumer mais j’étais si irritable que mon compagnon de l’époque m’a dit que je devenais “invivable”. J’ai craqué au bout de six semaines, lors d’une soirée chez des amis où l’alcool a fait tomber mes défenses.
Les gommes Nicorette en 2022. Trois semaines de mastication compulsive, des douleurs à la mâchoire, et une rechute à la première grosse contrariété au travail. Les substituts nicotiniques traitaient le manque physique, mais le manque psychologique, cette habitude de fuir mes émotions derrière une cigarette, restait intact.
La cigarette électronique en 2023. Un modèle Innokin avec du liquide Alfaliquid à 6 mg. J’ai vapoté pendant quatre mois, sans fumer de vraies cigarettes. Puis un soir, en terrasse rue Oberkampf, quelqu’un a allumé une cigarette à côté de moi, et l’odeur m’a ramenée en arrière avec une violence que je n’avais pas anticipée. J’ai racheté un paquet le soir même.
Après cet échec, j’ai abandonné l’idée d’arrêter pendant plus d’un an. Je me suis dit que j’étais une “fumeuse irréductible”, que certaines personnes sont faites pour fumer, que la science n’avait pas encore trouvé la solution pour les cas comme moi.
La découverte de l’hypnose
C’est mon amie Pauline qui m’a parlé de l’hypnose. Pauline avait fumé pendant 14 ans et avait arrêté en une seule séance chez un hypnothérapeute, le Dr Nicolas Lefranc, dans le 3ème arrondissement. Quand elle m’a raconté son expérience, j’ai d’abord été sceptique. L’hypnose, dans mon esprit de journaliste, c’était du spectacle, du charlatanisme, quelqu’un qui vous fait faire le poulet sur scène. Pas un outil médical sérieux.
Pauline a insisté. “Lis les études. L’Inserm a publié un rapport sur l’hypnose en 2015 qui reconnaît son efficacité dans le sevrage tabagique.” J’ai vérifié, et c’était vrai. L’hypnose ericksonienne, en particulier, est reconnue comme une approche complémentaire valable par de nombreux professionnels de santé. Le taux de succès varie selon les études, mais il est comparable à celui des substituts nicotiniques quand l’hypnose est pratiquée par un professionnel qualifié.
J’ai pris rendez-vous avec le Dr Lefranc, qui est médecin généraliste formé à l’hypnose ericksonienne et à l’EMDR, avec 15 ans de pratique. Le rendez-vous était pour le 10 juin 2025.
La séance
J’arrive au cabinet à 14 heures, nerveuse, sceptique, mais ouverte. Le Dr Lefranc me reçoit dans un bureau calme, avec un fauteuil confortable et une lumière tamisée. Il commence par un entretien d’une trentaine de minutes. Il me pose des questions sur mon histoire avec le tabac, mes motivations pour arrêter, mes peurs, mes échecs précédents, mes déclencheurs. Il n’est pas dans le jugement. Il écoute.
Puis il m’explique ce qu’est l’hypnose. Ce n’est pas un état de sommeil. C’est un état de conscience modifié, une sorte de concentration profonde, comme quand on est absorbé par un film au point d’oublier qu’on est au cinéma. Pendant cet état, le cerveau est plus réceptif aux suggestions positives, et on peut accéder à des schémas de pensée inconscients qui alimentent l’addiction.
La séance d’hypnose proprement dite dure environ 45 minutes. Je m’installe dans le fauteuil, je ferme les yeux, et le Dr Lefranc commence à parler d’une voix calme et régulière. Il me guide vers un état de relaxation profonde. Je suis consciente de tout, j’entends ses mots, je sens le fauteuil sous moi, mais je suis dans un état de détente que je n’avais jamais atteint. Comme flotter dans une eau tiède.
Il me fait visualiser des scènes. Ma vie de fumeuse, avec les odeurs, les goûts, la toux, l’essoufflement, la dépendance. Puis ma vie de non-fumeuse, avec le souffle retrouvé, la liberté, la fierté. Il utilise des métaphores, comme un fil qui se dénoue, une porte qui s’ouvre, une lumière qui remplace l’obscurité. Ce n’est pas du lavage de cerveau, c’est une réorganisation intérieure, une façon de reconnecter mes motivations profondes avec mes actions.
Il travaille aussi sur mes déclencheurs spécifiques. Le stress au travail, les terrasses parisiennes, l’alcool. Pour chacun, il crée une association nouvelle. Le stress au travail devient un signal pour respirer profondément, pas pour fumer. La terrasse devient un lieu de plaisir sensoriel, pas de dépendance. L’alcool en modération est un plaisir autonome, pas un prélude à la cigarette.
Quand je “reviens” de l’état hypnotique, je me sens reposée, lucide, et étrangement calme. Le Dr Lefranc me dit : “Vous n’avez plus besoin de fumer.” Et, de manière inexplicable, je le crois. Pas parce qu’il me l’a ordonné, mais parce que quelque chose a changé dans la manière dont je perçois la cigarette.
Les heures et les jours qui suivent
En sortant du cabinet, je passe devant un tabac. Aucune envie. C’est déconcertant. Depuis 16 ans, passer devant un tabac déclenchait un réflexe pavlovien. Ce jour-là, rien. Comme si le lien entre le stimulus et la réponse avait été coupé.
Le premier soir, après le dîner, je sors sur mon balcon. C’est le moment où je fumais habituellement deux ou trois cigarettes en regardant les toits. Je m’assois, je respire l’air du soir, et je n’ai pas envie de fumer. Ce n’est pas que je résiste à une envie. L’envie n’est tout simplement pas là. C’est comme si on avait désinstallé un programme de mon cerveau.
Les premiers jours sont marqués par cette sensation étrange d’absence. Pas d’absence de cigarette, mais d’absence d’envie. Je m’attendais à un combat, à un sevrage douloureux, à des crises de manque. Rien de tout ça. Juste un calme nouveau, une liberté inattendue.
Attention, je ne dis pas que l’hypnose a supprimé toute difficulté. Il y a eu des moments, au cours des premières semaines, où un flash d’envie traversait mon esprit. Mais ces flashs étaient brefs, deux ou trois secondes, et ils disparaissaient sans effort. Le Dr Lefranc m’avait préparé à cela : “Des souvenirs de l’ancienne habitude peuvent surgir. Observez-les passer, comme des nuages. Vous n’avez pas besoin de les suivre.”
Les défis parisiens
Paris est une ville de tentations pour un ex-fumeur. Les terrasses des cafés, omniprésentes dès les beaux jours, sont peuplées de fumeurs. Le canal Saint-Martin, les Buttes-Chaumont, les quais de Seine : partout, des gens qui fument avec nonchalance.
Ma première sortie en terrasse après l’hypnose, c’était au Café Charbon, rue Oberkampf, une semaine après la séance. C’est un lieu chargé de souvenirs pour moi, un endroit où j’ai fumé des centaines de cigarettes au fil des ans. J’y suis allée avec Pauline, ma “marraine” d’arrêt du tabac. On a commandé des verres de côtes-du-rhône, et autour de nous, les terrasses étaient animées, les gens fumaient, riaient. J’ai attendu que l’envie arrive. Elle n’est pas venue. J’ai bu mon vin, j’ai discuté avec Pauline, et à la fin de la soirée, je me suis rendu compte que je n’avais pas pensé une seule fois à la cigarette.
Les soirées professionnelles ont été un autre test. Dans le milieu du journalisme, les événements de presse, les lancements de produits, les soirées de rédaction sont des occasions sociales où la cigarette circule. Lors de la première soirée post-arrêt, dans un rooftop du 10ème, j’ai été entourée de fumeurs. J’ai discuté, j’ai ri, j’ai bu (modérément), et je n’ai pas fumé. Le lendemain matin, en me réveillant sans la gorge en feu et sans l’haleine de cendrier, j’ai souri toute seule.
Ce que l’hypnose a changé en profondeur
L’hypnose n’a pas simplement supprimé mon envie de fumer. Elle a modifié ma relation aux émotions qui me poussaient à fumer. Le stress, l’anxiété, le syndrome de l’imposteur, tout ça existe toujours. Mais la réponse automatique “stress = cigarette” a été remplacée par d’autres réponses : respiration, mouvement, verbalisation.
Quand je suis stressée au travail, maintenant, je fais trois respirations profondes, je me lève, je marche cinq minutes, et le stress diminue. Pas autant qu’avec une cigarette, diront certains. Mais en réalité, bien plus. Parce que la cigarette ne diminuait pas le stress. Elle soulageait le manque de nicotine, qui ressemblait à du soulagement du stress. La vraie gestion du stress, c’est ce que je fais maintenant.
L’hypnose m’a aussi réconciliée avec mon corps. Pendant 16 ans, je traitais mon corps comme un réceptacle à fumée. Je mangeais vite pour fumer après, je dormais mal à cause de la nicotine, je ne faisais pas de sport parce que j’étais essoufflée. Depuis l’arrêt, je me suis inscrite à un cours de yoga dans le 11ème, et je fais de la natation à la piscine Oberkampf deux fois par semaine. Mon corps n’est plus un ennemi, c’est un allié.
Dix mois plus tard
À presque dix mois sans tabac, les résultats sont là. Ma peau a changé. Mon dermatologue, lors de mon dernier rendez-vous, a noté une amélioration de l’élasticité et de l’hydratation de ma peau. Mon teint est plus lumineux, les cernes moins marqués. Mes cheveux sont plus brillants, ce que ma coiffeuse a remarqué avant moi.
Mon souffle est transformé. Je cours dans le parc des Buttes-Chaumont, avec ses côtes impitoyables, et je finis le circuit sans m’arrêter. Il y a un an, j’aurais fini à genoux au bout de 500 mètres.
J’ai économisé environ 2 800 euros. Avec cet argent, j’ai financé un stage de photographie à Arles cet été, et je me suis offert un objectif Canon que je convoitais depuis des années. L’argent du tabac est devenu l’argent de la création.
Pauline et moi avons créé un petit groupe informel de femmes ex-fumeuses, qui se retrouvent une fois par mois dans un café du Marais. On partage nos expériences, nos victoires, nos moments de vulnérabilité. Ce groupe est devenu un pilier pour chacune d’entre nous.
Pour les sceptiques
Je comprends le scepticisme face à l’hypnose. J’étais la première sceptique. L’hypnose n’est pas de la magie. Elle ne fonctionne pas pour tout le monde, et elle ne fonctionne pas sans la volonté sincère d’arrêter. Ce qu’elle fait, c’est donner un levier puissant à cette volonté, en agissant sur les schémas inconscients que la seule volonté consciente ne peut pas atteindre.
Choisissez un praticien qualifié, médecin ou psychologue formé à l’hypnose ericksonienne, pas un “coach” autoproclamé. Vérifiez ses qualifications. Faites un entretien préalable pour évaluer si le courant passe. Et arrivez à la séance avec une motivation sincère.
J’ai 39 ans. J’ai fumé pendant 16 ans. Et une séance d’hypnose a fait ce que trois ans de tentatives conventionnelles n’avaient pas réussi. Je ne dis pas que c’est la solution universelle. Je dis que c’est une solution qui mérite d’être considérée, et pour moi, c’était la bonne.