Céline, 36 ans : j'ai arrêté de fumer avec Champix après 13 ans de tabagisme
Je m’appelle Céline Fournier, j’ai 36 ans, et j’habite à Nice. Si quelqu’un m’avait dit il y a trois ans que je serais capable de m’asseoir à une terrasse du cours Saleya avec un verre de rosé sans avoir besoin d’allumer une cigarette, je lui aurais ri au nez. Pourtant, c’est exactement ce que je fais aujourd’hui, et c’est un bonheur que je savoure chaque jour depuis dix-huit mois.
J’ai commencé à fumer à 23 ans, juste après avoir décroché mon premier emploi comme assistante de direction dans un cabinet d’architectes du quartier du Port. C’est bête à dire, mais c’est le stress professionnel qui m’a fait basculer. Mon patron était exigeant, les horaires étaient longs, et mes collègues plus âgées fumaient toutes. Elles sortaient cinq ou six fois par jour sur le petit balcon qui donnait sur la rue Cassini, et c’était là que se passaient les vraies conversations, les potins, les confidences. Pour être intégrée, j’ai commencé à les accompagner. D’abord sans fumer. Puis en taxant une cigarette de temps en temps. Puis en achetant mon propre paquet. Et c’était parti pour treize ans.
À mon pic de consommation, je fumais environ un paquet par jour. Des Lucky Strike, puis des Philip Morris quand les Lucky ont augmenté. Je fumais à heures fixes : au réveil avec mon café, en arrivant au bureau, pendant chaque pause, après le déjeuner, en sortant du travail, et deux ou trois le soir devant mes séries. Le week-end, les soirées avec les amis au Vieux-Nice pouvaient faire grimper ma consommation à 25 ou 30 cigarettes. L’air marin de la Promenade des Anglais ne suffisait pas à compenser ce que je faisais subir à mes poumons.
J’avais tenté d’arrêter deux fois avant la bonne. La première fois, à 28 ans, j’ai essayé seule, du jour au lendemain, parce que j’avais lu un livre sur le sujet qu’une amie m’avait prêté. J’ai tenu onze jours. Le douzième, après une journée particulièrement difficile au travail, j’ai craqué devant un distributeur automatique. La seconde fois, à 31 ans, j’ai tenté la cigarette électronique. J’ai vapoté pendant quatre mois, en diminuant progressivement le taux de nicotine. Mais à un dîner d’anniversaire, quelqu’un a sorti un paquet, et j’ai replongé en une soirée. Le lendemain, la vapoteuse est restée dans un tiroir, et les Philip Morris sont revenues.
Le vrai déclic s’est produit en deux temps. D’abord, il y a eu un bilan de santé de routine chez ma gynécologue. Elle m’a dit que si je voulais envisager une grossesse dans les années à venir, il fallait absolument que j’arrête de fumer. Les risques étaient trop importants : complications pendant la grossesse, faible poids du bébé à la naissance, fausse couche. Je n’étais pas encore prête à avoir un enfant, mais l’idée que la cigarette pourrait m’en empêcher m’a profondément troublée. Ensuite, quelques semaines plus tard, ma mère, qui avait fumé pendant 30 ans, a été diagnostiquée avec un début d’emphysème. Voir cette femme forte et dynamique commencer à s’essouffler en montant les escaliers de son appartement du boulevard Victor-Hugo, ça a été un électrochoc.
J’ai pris rendez-vous avec un tabacologue au CHU de Nice. Le docteur Mansouri m’a reçue dans un bureau lumineux au troisième étage, et nous avons passé presque une heure ensemble. Il a évalué ma dépendance avec le test de Fagerström. Mon score était élevé : 7 sur 10. Il m’a expliqué les différentes options thérapeutiques et m’a recommandé Champix, la varénicline, un médicament qui agit directement sur les récepteurs nicotiniques du cerveau. L’idée, c’est que le médicament réduit le plaisir que procure la cigarette tout en atténuant les symptômes de sevrage. On continue à fumer pendant la première semaine de traitement, le temps que le produit fasse effet, puis on fixe une date d’arrêt.
Le traitement avec Champix dure douze semaines. La première semaine, j’ai pris un demi-comprimé par jour, puis un comprimé entier matin et soir. J’ai continué à fumer pendant cette première semaine, comme prévu, mais j’ai remarqué quelque chose d’étrange dès le quatrième jour : les cigarettes avaient un goût différent. Pas mauvais, exactement. Plutôt… neutre. Comme si quelqu’un avait retiré le plaisir de l’équation. Je fumais par automatisme, mais le petit frisson de satisfaction n’était plus là. C’était déconcertant, et en même temps, c’était exactement ce dont j’avais besoin.
Ma date d’arrêt était fixée au huitième jour du traitement. La veille au soir, j’ai fumé ma dernière cigarette sur mon balcon, en regardant les lumières de la baie des Anges. Je ne l’ai pas savourée. Je l’ai observée, comme on observe une relation toxique dont on sait qu’elle touche à sa fin. Le lendemain matin, je me suis levée, j’ai pris mon comprimé de Champix avec un grand verre d’eau, et je n’ai pas fumé.
Les premiers jours sans cigarette ont été plus faciles que ce que j’avais vécu lors de mes tentatives précédentes, grâce au Champix. Le manque physique était nettement atténué. J’avais des envies, oui, mais elles étaient gérables. Ce qui restait difficile, c’étaient les habitudes. La pause cigarette après le déjeuner. Le geste de chercher mon paquet dans mon sac. L’association café-cigarette du matin. Pour gérer ça, j’ai changé mes rituels. J’ai remplacé le café du matin par un smoothie aux fruits, que je préparais avec des fraises et des mangues du marché du cours Saleya. Pendant les pauses au travail, au lieu de sortir fumer, je descendais marcher cinq minutes sur le quai des États-Unis, en respirant l’air iodé.
Il faut que je sois honnête sur les effets secondaires. Le Champix m’a provoqué des nausées les deux premières semaines, surtout si je prenais le comprimé à jeun. Le docteur Mansouri m’avait prévenue : il fallait toujours le prendre avec de la nourriture. Une fois que j’ai pris cette habitude, les nausées se sont bien atténuées. J’ai aussi eu des rêves inhabituellement vivaces et colorés pendant le traitement. Pas des cauchemars, mais des rêves très intenses, presque cinématographiques. C’était étrange, mais pas désagréable. Et surtout, ces effets secondaires étaient infiniment préférables à continuer de fumer un paquet par jour.
Mon compagnon Julien a été un soutien extraordinaire. Il n’a jamais fumé, et pendant des années, il avait supporté mes cigarettes sans rien dire, par respect pour mes choix. Quand j’ai entamé le traitement, il s’est impliqué à fond. Il a téléchargé une application de suivi du sevrage tabagique sur mon téléphone, et chaque soir, on regardait ensemble les statistiques : jours sans cigarette, argent économisé, cigarettes non fumées, améliorations de santé. Ça rendait les progrès tangibles et concrets.
Au travail, les choses ont été un peu plus compliquées. Deux de mes collègues proches fumaient encore, et les pauses clopes étaient un moment social important dans notre équipe. J’ai dû réapprendre à maintenir ces liens sans la cigarette. Au début, je les accompagnais dehors sans fumer. Puis j’ai réalisé que l’odeur de la fumée me dérangeait de plus en plus, et j’ai préféré rester à l’intérieur. Ça a créé un léger éloignement pendant quelques semaines, mais nous avons trouvé d’autres moments pour discuter : un déjeuner ensemble, un café en salle de pause. L’amitié n’avait pas besoin de nicotine pour exister.
Physiquement, les transformations ont été spectaculaires. Mon teint est devenu lumineux en quelques semaines. Moi qui dépensais une fortune en crèmes et en soins pour essayer de compenser les dégâts du tabac sur ma peau, j’ai découvert que le meilleur soin anti-âge, c’était simplement d’arrêter de fumer. Mes dents, que je faisais blanchir chez le dentiste tous les six mois, ont retrouvé une couleur naturelle qui se maintient sans intervention. Mon souffle s’est amélioré de façon impressionnante. En trois mois, je suis passée de l’essoufflement après deux étages à la capacité de monter la colline du Château sans m’arrêter.
L’aspect financier a aussi été une belle surprise. Un paquet par jour à 12 euros, c’est 360 euros par mois, plus de 4 300 euros par an. Avec l’argent économisé la première année, je me suis offert un voyage en Crète avec Julien. Deux semaines de soleil, de mer turquoise et de cuisine grecque. Quand j’étais allongée sur la plage d’Elafonissi, respirant l’air pur à pleins poumons, j’ai pensé à quel point cette liberté n’avait pas de prix.
Le traitement Champix s’est terminé au bout de douze semaines, comme prévu. L’arrêt du médicament ne m’a posé aucun problème. À ce stade, les habitudes étaient brisées, les circuits neurologiques avaient commencé à se recâbler, et j’avais suffisamment de succès accumulé pour ne pas vouloir tout gâcher.
Aujourd’hui, dix-huit mois après ma dernière cigarette, je suis une femme transformée. J’ai commencé à pratiquer le yoga sur la plage de Carras deux fois par semaine, et ma capacité respiratoire me permet des postures que je n’aurais jamais pu tenir avant. Je suis plus sereine, plus posée, moins sujette aux coups de stress qui me faisaient courir vers mon paquet.
Et pour l’avenir ? Julien et moi parlons sérieusement de fonder une famille. Quand j’ai revu ma gynécologue le mois dernier, elle m’a félicitée pour mon arrêt et m’a confirmé que mon corps avait remarquablement bien récupéré. L’idée de porter un enfant dans un corps libéré du tabac me remplit de bonheur.
Si je devais résumer cette expérience en un mot, ce serait “libération.” Champix m’a donné les moyens pharmacologiques de briser les chaînes de la nicotine, et ma volonté a fait le reste. Ce n’était pas facile tous les jours, mais c’était tellement plus facile que de continuer à fumer en sachant que je me détruisais la santé.
À toutes les femmes et tous les hommes qui lisent ces lignes et qui hésitent : parlez-en à votre médecin. Il existe des solutions qui fonctionnent. Champix a fonctionné pour moi, et je ne regrette qu’une seule chose : ne pas avoir consulté plus tôt. Votre vie sans tabac vous attend, et elle est infiniment plus belle que vous ne l’imaginez.